La sphère littéraire congolaise a vu naître depuis un peu plus de 3 mois, un recueil de poèmes dénommé “l’incandescence de la lettre en poésie”, de l’auteur Alain Tito Mabiala, aux éditions Mikanda. Au-delà de la beauté poétique, l’auteur déploie son vocabulaire pour enchaîner des mots qui expriment le ressenti du plus profond de l’âme. Il met de la densité et de l’intensité sur des lettres pour plonger les lecteurs dans la méditation pourvu de cerner le monde en comprenant les comportements perfides des humains afin de vivre en paix.

L’ouvrage de 136 pages et 57 poèmes décolle avec des textes simples mais riches en intensité. Avec des expressions et des images bien choisies, sur fond d’allitération, l’auteur revêt, au cours des textes, les casquettes de motivateur, de dénonciateur, de simple narrateur qui emporte ses lecteurs, de sage qui raconte son expérience ou d’observateur qui transcrit par écrit ce qu’il voit. Comme écrivain engagé, il dénonce et partage son indignation au vu de la pauvreté et du système politique congolais. Il s’indigne aussi pour les politiciens qui s’enrichissent alors que le peuple croupit dans la misère.

Le poète parle de son expérience familiale, de ses rêves, ses sources d’inspiration ou de la période de confinement, ces temps difficiles qui ont rappelé la fragilité de l’homme et de la terre où il vit. Il a consacré plus de 5 poèmes à la pandémie de covid-19 et à ces moments qu’il a vécus en Suisse, et dont il se souvient comme ressemblant copieusement à un film. Ce qui a conduit à la solitude et à des jours où tout ne se passait pas comme d’habitude. Un poème est consacré aux femmes précieuses, dit-il, que sont nos mères.

« C’est un ensemble de textes que j’ai produits au fur et à mesure que moi-même, en tant qu’individu, j’ai été transpercé par les sensations.  J’écris souvent des textes par captation sentimentale, c’est-à-dire lorsque je suis dans un état psychologique quelconque, je me dis que c’est une opportunité pour écrire », a dit Alain Mabiala à ACTUALITÉ.CD.

Dans les textes “Lausanne nous en veut” et “La mort injuste qui nous ceint”, pour ne citer que ces deux, l’auteur décrit des situations partiales vécues en Europe, notamment dans la comparaison du traitement d’un africain et d’un européen au point de dire que les européens s’intéressent plus à la mort de leur plante qu’à celle d’un africain. Les attitudes et choix des hommes, parfois délétères, ainsi que leurs comportements aversifs à son égard ont inspiré l’auteur à raconter sa rage, sa colère d’avoir vécu certaines situations de la vie.

Alain Mabiala dit ne pas être un martyr qui subit les maux des hommes mais il reste plutôt obstinément poète qui aligne des lettres pour faire la guerre à la mocheté d’esprit que portent certaines personnes derrière leur feinte d’amabilité. Il reconnaît que les plus grandes trahisons de l’histoire de l’humanité viennent des amis, ce qui l’a inspiré d’écrire ce qu’il aimerait léguer à sa fille. Il dit vouloir apprendre à sa fille à se faire disciple du silence car cela permet de déchiffrer ce que les hommes cachent derrière leurs apparences, mais il veut aussi lui confesser toute la passion qu’il a de la poésie.

« Je pense que le monde dans lequel nous vivons, vers lequel nous cheminons va avoir beaucoup plus de confusions, beaucoup plus d’adversités, beaucoup plus de problèmes, je pense qu’à travers la poésie, elle peut arriver à aimer la méditation, à mieux cerner les contours du monde dans lequel elle va vivre. Pour mieux se comprendre d’abord elle-même et mieux comprendre le monde, et comprendre de quelle manière, elle va agir, interagir avec les autres pour vivre plus ou moins en paix », affirme-t-il.

Face à toute mocheté éthique, l’auteur se réfugie dans la poésie. Il n’hésite pas à proclamer qu’il est poète et qu’avec les poètes, la vie de tous les jours n’est jamais une habitude car l’âme ne voit pas de la même manière que les yeux. Il dit que la poésie l’a choisi depuis le ventre de sa mère à Kinshasa pour être prêtre du verbe muet en vue de lui donner à la fois la voix et le charme qui plaisent à l’ouïe. Il dit que le poète est la substance de l’humanité et dans la profondeur de chaque phrase qu’il tisse, se juche une vérité.

L’auteur raconte ses jours dits orphelins de poésie, des jours où l’inspiration est absente mais aussi comment il la reçoit à partir du silence, dans la nuit, en observant la nature tant la végétation que les humains et leurs habitudes pour apprivoiser les mots et les faire éclore dans la quintessence de leur pouvoir afin de faire tressaillir les instincts enfouis dans les profondeurs de nos cœurs. Et armé des formules artistiques, il illumine les parts obscures de la vie que nos esprits ne savent explorer en mélangeant les ingrédients ordinaires du langage pour révéler le mystère de chaque jour et de chaque être.

Alain Tito Mabiala est un journaliste et poète congolais exilé en Suisse. Il a animé pendant 10 ans, une émission littéraire intitulée “Bibliothèque francophone” sur CCTV. Il s’intéresse à la vie politique congolaise, à la philosophie, à l’histoire et aux questions liées au racisme en Suisse comme en Europe. Il a travaillé dans une mesure d’insertion sociale à Lausanne. En tant qu’auteur, il a publié “Mots d’errance” en 2016, “Ailleurs, loin de chez soi, sous d’autres cieux qui ne sont pas les nôtres” en 2018, “Il fallait apprivoiser les mots pour que Lausanne me soit agréable” en 2020 et il est en préparation de la sortie prochaine de “Kinois pur jus”.

Emmanuel Kuzamba